"Les livres ne remplacent pas la vie, ils l'élargissent.
"Françoise Gasparri
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mardi 1 février 2011

Une tentative de réhabilitation.




Jean de Watteville a laissé dans la mémoire collective, l’image d’un traitre à la vie aventureuse. Voici un ouvrage qui tente de monter la vraie personnalité d’un abbé sulfureux.

Né à Milan en 1618, d’un père militaire et d’une mère, riche milanaise, Jean est un véritable héro d’un roman d’aventure où drames, traitrises, amours et rebondissements en seraient les ingrédients principaux. Jean choisit la carrière des armes. Maitre de camp du régiment de Bourgogne, il tue en duel un gentilhomme de la maison de la reine d’Espagne. Il doit fuir. Il se réfugie à Paris et se convertit après avoir entendu un sermon sur l’enfer. Il revêt l’habit des capucins, puis rejoint la chartreuse de Bonlieu. Mais, il se rend compte que la vie de religieux n’est pas faite pour lui et une nuit ou il faisait le mur, il abat le prieur qui venait de le surprendre. Il s’enfuit de nouveau et traverse bientôt les Pyrénées. Mais un nouveau duel au cours duquel il tue un grand d’Espagne l’oblige à fuir. Il va se mettre au service du Grand turc, se convertit à la religion de Mahomet et devient Pacha, puis gouverneur de Morée. Il vit au milieu d’un harem bien fourni. Chargé de combattre les vénitiens, il va trahir le Grand turc et se rallier aux les ennemis de celui-ci, sous certaines conditions. Il demande au pape son absolution pour tous ses crimes passés et la « commende » de l’abbaye de Baume-les-Messieurs. Il arrive à Baume avec le titre d’abbé en 1659. Cette nomination survient alors que la France entame la deuxième phase de la conquête de notre province. En accord avec la cour d’Espagne, Jean de Watteville se fait diplomate et tente, hélas sans succès, de trouver auprès de la très puissante Ligue des Cantons Suisse, une protection contre les velléités du roi de France. En 1668, le vent tourne, l’abbé de Baume sent que tout est perdu pour la Franche Comté, il se tourne vers Louis XIV et lui propose ses services. Cette volte-face a toujours été considérée par les comtois comme une trahison impardonnable. Longtemps on a attribué les raisons de cette trahison a son appétit de gloire et de fortune. Jean-Claude Soum et Françoise Desbiez, dans cet ouvrage ose émettre une autre hypothèse, bien séduisante. Pour eux, si Jean de Watteville se rapproche de Louis XIV , c’est pour tenter d’atténuer les rigueurs d’une capitulation, et d’épargner ainsi les comtois.

Alors Jean de Watteville fidèle ou félon ? Afin de répondre à cette question, Jean-Claude Soum, ancien maire de Baume les Messieurs a pendant plusieurs années accumulé une documentation impressionnante. Il découvre alors un personnage mystérieux et contradictoire. Françoise Debiez, de sa plume agile et avec son style maitrisé, déroule sous la forme d’un roman-biographie la vie de cet homme dont la réalité de son existence a souvent dépassé la fiction !

Vrai aventurier, homme d’une grande profondeur d’âme, européen convaincu, l’abbé qui malgré son amour pour le luxe passa la plus grande partie de sa vie dans la sombre reculée de Baume a trouvé enfin ses biographes.

Jean de Watteville : l’abbé aux mille visages par Françoise Debiez et Jean-Claude Soum. Editions Cabédita, 2010. – 167 p. – 24 euros.

mardi 15 décembre 2009

Un médecin de campagne.



Quand François Perrodin, médecin à la retraite et maire d’une petite ville jurassienne se raconte à Françoise Desbiez, cela donne un récit truculent, qui fleure bon la Bresse jurassienne.
François Perrodin a toujours vécu dans la petite cité de Bletterans et cette Bresse lui colle aux semelles comme à la peau. Aujourd’hui à la retraite, il se consacra à sa ville aimée, dont il est le premier magistrat depuis 2001.
Après un bac qu’il obtient au grand étonnement de son proviseur, car il l’avoue lui-même : « il est vrai que j’ai toujours eu mes examens en travaillant que le dernier trimestre », le jeune François suit les traces de son père et s’engage dans des études de médecine. Ses pères seront le docteur Charton, grand chirurgien lédonien ; le docteur Roman-Monnier, médecin admirable, au fort caractère, craint de tous personnel soignant comme malades ; et le médecin accoucheur Lebras. Tous lui ont prodigué de précieux conseils et ces figures tutélaires le suivront tout au long de sa carrière.
Avec cet ouvrage, le lecteur partage la vie, souvent difficile, d’un simple médecin de campagne. On le suit au quotidien avec ses espoirs, ses lutes, ses découragements, ses colères, ses réussites et ses bonheurs. On entre avec lui dans les humbles maisonnées bressanes où le patois est encore la seule langue parlée. On partage les petits tracas. Les routes mal entretenues, les départs matinaux et les retours tard dans la nuit. Dans de telles conditions, comment mener une vie de famille équilibrée ? Comment voir ses enfants grandir ? Et puis pour tenir, il y a la passion de la chasse, de la musique, de la politique locale.
Mais toutes les contraintes ne sont rien devant la grande évolution de la médecine rurale. En ces années soixante, des maladies disparaissent : la fièvre de Malte, le croup, la diphtérie ; d’autres apparaissent dans les décennies suivantes : les maladies nosocomiales, les allergies toujours plus nombreuses, les affections thyroïdiennes.
Truffé d’anecdotes chaleureuses, croustillantes, émouvantes, ces mémoires sont attachantes, agréables à lire. C’est aussi un bel hommage rendu à la Bresse et aux bressans, êtres chaleureux aux bons sens savoureux.
« Mon Bletterans, ma Bresse jurassienne, ma Bresse tout court, mon Jura auront été toute ma vie et je ne le regrette pas. »
Contrairement à ce que la couverture et la page de titre annoncent, l'auteur de cet ouvrage est bien Françoise Desbiez, qui a réalisé les interviews et mis en forme les souvenirs du docteur Perrodin

Histoire d'un médecin jurassien par Françoise Desbiez et François Perrodin. Presses du Belvédère, 2009. 175 p. 17 euros