"Les livres ne remplacent pas la vie, ils l'élargissent.
"Françoise Gasparri
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mardi 29 septembre 2009

Le Patois sauget.


Lorsque l’on pense au Saugeais, on pense folklore avec sa République, sa Présidente, ses douaniers, mais qui sait que ce coin du Doubs possède un patois vivant et homogène ?

Situé entre Morteau et Pontarlier, le Saugeais regroupe onze communes du canton de Montbenoit. Cet espace correspond à l’ancien territoire de l’abbaye. Son histoire se confond avec celle-ci et avec celle des colons qu’elle y a attirés. C’est en 1947 que naît la République du Saugeais. Selon la tradition, c’est après le passage de Louis Ottaviani, préfet du Doubs et d’un échange verbal entre lui et le propriétaire de l’hôtel de l’abbaye qu’est née l’idée d’une République libre. C’est Georges Pourchet qui en est le premier président, puis sa femme reprend le flambeau à la mort de celui-ci en 1968.
Aujourd’hui encore les traditions y sont très fortes et les habitants ont su préserver un patois très vivant avec ses anciennes caractéristiques langagières et sa phonétique originale. Parmi les langues parlées en France, on peut distinguer les langues étrangères implantées par les migrations (italien, arabe, portugais, kosovar,…) et les langues autochtones parlées en France depuis des siècles : les langues d’origines germaniques (l’alsacien, le flamand), celtes (le breton), romanes (le catalan et le corse) et enfin le basque. Mais dans la plus grande majorité du territoire français on parlait les patois locaux issus des parlers gallo-romans que l’on peut classer en trois grands groupes. Au nord les langues d’oil regroupant le picard, le normand, l’angevin, … ; au sud les langues d’oc, avec le provençal, le languedocien, l’auvergnat, le gascon entre autre, et entre ces deux zones à l’Est il est un parler qualifié de « francoprovencal » qui n’est ni d’oil, ni d’oc mais un mélange des deux. C’est à cette dernière catégorie que se rattache le parler du Saugeais.
Le travail présenté aujourd’hui par Rémy Bôle-Richard, aux éditions Cêtre, s’appuie sur le travail plus ancien du chanoine Joseph Bobillier . Cet érudit et humaniste laissa une grande quantité de notes sur la linguistique, la grammaire, la conjugaison sur ce parler, ainsi que la transcriptions de dictons et de chansons propre à la région. Dictons, chansons et proverbes que l’on peut découvrir à la fin de l’ouvrage. Rémy Bôle-Richard en a converti la transcription phonétique en alphabet phonétique international et l’a considérablement enrichi par ses propres travaux.
On va consulter cet ouvrage avec un grand intérêt et y découvrir des informations passionnantes, quant à la prononciation, à l’origine et à l’emploi de quantité de vocables oubliés ou encore au contraire bien vivaces.

Les mots du Saugeais : dictionnaire du patois sauget par Rémy Bôle-Richard. – Cêtre, 2009. – 315 p. – 19 euros.

jeudi 5 mars 2009

Un nouveau regard sur l’Histoire.


L’historien qui meurt à Saint-Amour en ce 26 septembre 1956 révolutionna la façon d’appréhender et d’écrire l’histoire.
Né à Nancy le 22 juillet 1878, Lucien Febvre, issu d’une famille comtoise , intègre l’Ecole normale supérieure en 1899, après une année de service militaire. Nommé en 1912 professeur à la Faculté de Dijon, il y enseigne l’histoire et l’art de la Bourgogne. Après la Première Guerre Mondiale, il obtient une Chaire d’Histoire moderne à la Faculté de Strasbourg, . En 1933, il est nommé au collège de France et rencontre Marc Bloch, avec qui il va fonder l’Ecole des Annales, école qui va révolutionner la façon d’aborder l’histoire. Il refuse « l'histoire historisante ». Il demande à ses disciples d’entreprendre des chantiers inédits : histoire de l’alimentation, de la mort, de l’amour… Après la guerre, patron et fondateur de la VIe section de l’Ecole pratique des hautes études, il assume de nombreuses responsabilités officielles et prestigieuses (UNESCO, Académie des sciences morales et politiques, direction des Cahiers de l'Histoire mondiale ....)
Pour Lucien Febvre l’histoire doit s’inscrire dans le champ des sciences sociales, en brisant l’esprit de spécialité. Il prône la pluridisciplinarité, les échanges entre chercheurs. Son projet est celui d'une histoire « totale », sorte de carrefour scientifique de toutes les sciences humaines, apportant une connaissance globale de la réalité du passé. Il refuse ainsi de concevoir l’histoire comme l’enregistrement d’une suite d’événements à partir des seuls documents écrits.
Les éditions Robert Lafont et Armand Colin, ont eu la très bonne idée de rassembler dans la collection Bouquins, les écrits majeurs de l’historien Franc-Comtois, à propos duquel le romancier Léon Werth, son voisin à Saint Amour, écrivait « Je l’ai vu extraire de vieilles pierres, la vie. »
Dans cet ouvrage, outre l’intérêt de relire et de retrouver la philosophie de Febvre, le plaisir réside aussi dans la lecture un chapitre particulièrement émouvant dans lequel Henri nous raconte son père au quotidien, intitulé : Mon père Lucien Febvre.

Lucien Febvre : vivre l’histoire. Edition établie par Brigitte Mazon et préfacée par Bertrand Müller. Editions R.Lafont/A.Colin. Collection Bouquins. 1105 p. - 30 euros.


Chronique publiée dans La VOIX du JURA n°3353 daté du 26 février 2009

vendredi 4 juillet 2008

Les PEUGEOT, une famille à qui tout réussit.




Débutant dans le textile, puis dans la fabrication d’armatures pour corsets et crinolines, les Peugeot se spécialisèrent dans la bicyclette, avant de se lancer dans l’automobile.
Issue de Montbéliard, cette famille a fondé un empire, conquis la France avant de conquérir le monde. Aujourd’hui, ce 6ème constructeur mondial est encore détenu à 30 % par les descendants de Jean-Pierre Peugot, fondateur de la dynastie

L’histoire de cette maison, débute au XVIIIème siècle lorsque Jean-Pierre crée son premier atelier d’impression d’indiennes et se poursuit encore aujourd’hui avec les derniers modèles de la marque au lion. Entre temps l’ascension familiale se confond avec les épisodes glorieux de la naissance de l’automobile, des victoires en courses, du rachat de Citroën en 1976, de la sortie de la mythique 205.
Les années de guerre auraient pu mettre un frein au développement des Peugeot. C’est sans compter sur le patriotisme de Jean-Pierre et de Rodolphe.
De 1943 à 1944, les deux dirigeants des usines ont participé à leur manière à la résistance face à l’occupant. Leurs objectifs est d’éviter la répétition des bombardements sur Sochaux, de paralyser l’effort de guerre allemand et de retarder la fabrication des fusées VI.
Placées dès l’été 40, sous contrôle d’un ingénieur allemand, les usines n’ont plus le droit de fabriquer des automobiles. Afin d’éviter la réquisition des machines et des ouvriers, afin d’éviter à ces derniers le travail obligatoire en Allemagne, les Peugeot acceptent les commandes de la Wehrmarcht. L’objectif est de faire baisser la productivité. Pari réussi, puisque la production chute de 80 % par rapport à 1939.
L’ouvrage est très agréable à lire et se dévore comme un vrai roman, et l’on reste fasciné par cette success-story comtoise, par l’énergie et la ténacité des acteurs. Le dernier tiers de l’ouvrage laisse perplexe. Pourquoi cette charge violente, non argumentée contre le syndicalisme et le socialisme, accusé d’avoir voulu la mort de l’entreprise, le capitalisme financier et les adolescents rebelles ?

Les Peugeot, Alain Frerejean. – Flammarion, 423 p. 23 €