"Les livres ne remplacent pas la vie, ils l'élargissent.
"Françoise Gasparri

vendredi 18 juin 2010

Portraits croisés.


Après une enquête auprès des derniers témoins des événements, Jean-Claude Bonnot, tente de dresser les portraits croisés de résistants et de collaborateurs, dans le Nord Jura.
Tout commence pour l’auteur, par une conversation dans laquelle il apprend que deux collaboratrices avaient été exécutées en juillet 1944. Cela n’avait en soi rien de très surprenant quand on replace cette exécution dans l’époque. Ce qui est plus curieux c’est que ces deux femmes, deux sœurs, ont été tuées dans le petit village de Chevigny, à peine habité par 200 âmes. A cela il faut signaler que les parents de ces deux jeunes femmes furent passés également par les armes. Qu’avaient donc fait ces deux mères de famille pour mériter une telle mort sans procès ? L’auteur a voulu savoir pourquoi une telle tuerie. Au cours de son enquête, il va découvrir que 4 autres personnes vont être massacrées dans un village voisin. En tout 8 morts et un disparu seront comptabilisés en quelques semaines dans un périmètre ne comptant pas plus de 1000 habitants. Alors après plus de 60 ans Jean-Claude Bonnot décide de mener l’enquête pour mieux comprendre les raisons d’un tel massacre.
En ce 30 juillet 1944, la chaleur plombe la campagne près du Massif de la Serre. Il fait trop chaud pour partir aux champs. Les habitants recherchent un peu de fraicheur dans leur habitation. Deux hommes, en bicyclette, entre dans le village, se dirigent vers une humble maison, habitée par le Père, la Mère, Madeleine, Marguerite et leurs enfants. Des coups de feu éclatent et on retrouve dans la cuisine le corps des 4 adultes baignant dans leur sang. Les deux cyclistes repartent sans être inquiétés. Pourquoi en voulait-on à cette famille. Et si tout cela avait pour origine de malheureuses vitres cassées ? Quelques semaines après ce drame, à Menotey, petit village distant de quelques kilomètres de Chevigny, un père et ses fils, collaborateurs connus, allant à la chasse avec les allemands subiront le même sort. Ils n’ont dénoncé personne, ils ont collaborés pour leur profit racontera un témoin. A partir de ces deux histoires, l’auteur dresse un portrait croisé entre résistants et collaborateurs. Tandis que leur très grande majorité, les résistants jurassiens ont fait preuve d’un courage exemplaire et hors du commun, d’autres sont plus à ranger du cotés des malfrats profitant de la situation pour voler et extorquer des fonds. Côté collaboration, on rencontre des fanatiques, des bavards, des profiteurs, des femmes perdues, des lâches, des faibles, Loin des récits hagiographiques de certains auteurs où la saloperie ne pouvait faire partie que d un camp, Jean-Claude Bonnot, nous démontre que tout cela est loin, hélas, d’être aussi simple.
La guerre au village : Résistants et collaborateurs dans le Jura 1943-1944. – Presses du Belvédère, 2010. – 169 p. – 16 euros.

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